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Tito Topin, blog-trotteur.

Les cyclistes.

Ils arrivent par groupes de deux, de cinq ou davantage. Parfois, ils ont installé un enfant derrière la selle. Ils freinent en débouchant sur la place aux platanes, la pédale en l'air, une main sur le guidon, l'autre sur la cuisse, le buste relevé, le cou dressé, la tête en radar. Le premier inspecte les lieux, il trouve l'ombre des grands arbres accueillante, il fait un signe aux autres. Ils se regroupent contre les remparts du village et descendent de vélo en échangeant des propos dans une langue cyclopédique qu'ils sont seuls à connaître. En bande, ils se dirigent vers la terrasse du Café du Centre en marchant sur les talons à cause de leurs chaussures, comme des pingouins palmés. Les selles ne soutiennent plus leurs fesses qui tombent et pendent sur l'arrière de leurs cuisses, les dos restent voûtés, les bras n'ont plus d'appui, ils sont comme des goélands sans plumes. Ils s'asseyent autour d'une table en poussant des soupirs de lassitude. Quelques-uns ôtent leurs casques qui ressemblent à des méduses en plastique, ils sont blonds, ils ont les cheveux collés, la houppe à la Tintin, le visage rosi par le soleil et l'effort. Ils portent des maillots colorés avec de hideux tatouages publicitaires, des culottes noires qui moulent la cuisse, des gants troués. Les mollets sont rasés, ils sont noueux, ils ont des veines bleues. Les femmes ont des gros derrières, c'est ce qui les différencie des hommes et tous commandent de la bière avec de grands gestes expressifs. Après quoi, ils se laissent aller contre le dossier des fauteuils et gardent la bouche ouverte, la lippe tombante, le regard morne, ce qui traduit chez eux une sensation d'intense bonheur.

 

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